Choisir le bon joint carrelage extérieur est souvent l’étape la moins sexy d’un chantier de terrasse, et pourtant c’est celle qui détermine si vos dalles tiendront dix ans ou se fissureront dès le premier hiver. La plupart des bricoleurs choisissent leur mortier de jointoiement sur le prix, pas sur les contraintes réelles du support. Résultat : des joints éclatés, des infiltrations sous la dalle et un rejointoiement coûteux à refaire de zéro. Connaître les spécificités de chaque produit, c’est éviter ces erreurs avant même de sortir la taloche.
En bref
- Trois familles de joints existent pour l’extérieur : mortier ciment, époxy et joint souple silicone/polyuréthane.
- La résistance au gel et à l’eau est le critère numéro un pour un usage en terrasse ou autour d’une piscine.
- La largeur du joint conditionne le type de produit : en dessous de 3 mm, seul l’époxy garantit un remplissage homogène.
- Un joint mal posé ou non hydrofugé se dégrade en une à deux saisons dans les régions froides.
- L’entretien annuel (nettoyage + traitement hydrofuge) multiplie par deux ou trois la durée de vie d’un jointoiement ciment.
Pour une terrasse exposée aux intempéries, il n’existe pas de produit universel : le choix entre mortier ciment hydrofugé, résine époxy ou joint souple dépend du type de carrelage, de la largeur des joints et des conditions climatiques locales. Un joint époxy résistera mieux en zone de gel sévère, mais sera inutilement coûteux sur une petite terrasse abritée du Sud.
- Bricoleur qui pose une terrasse en grès cérame : optez pour un mortier joint ciment hydrofugé de classe CG2 minimum, avec un traitement hydrofuge appliqué 28 jours après la pose.
- Carrelage grande dalle (600×600 mm et plus) ou terrasse en zone de gel fort : envisagez sérieusement la résine époxy ou un joint souple polyuréthane pour absorber les dilatations.
- Erreur classique à éviter : utiliser un joint intérieur (mortier fin non hydrofugé) sur une terrasse en pensant qu’il suffira à tenir au gel, il se pulvérise dès le premier dégel.
Pourquoi le jointoiement extérieur n’a rien à voir avec celui de l’intérieur
À l’intérieur, un joint de carrelage subit principalement l’humidité ponctuelle d’une salle de bain ou d’une cuisine. En extérieur, les contraintes sont d’une tout autre nature.
La terrasse carrelée encaisse des cycles gels-dégels répétés, une dilatation thermique importante entre l’été et l’hiver, des UV intenses, des mousses et lichens, et parfois le passage de meubles lourds ou de chaussures abrasives. Un mortier joint classique, même de bonne qualité, peut se révéler inadapté face à ces agressions combinées.
Ce qu’il faut retenir : l’eau est l’ennemie principale. Elle s’infiltre dans un joint poreux, gèle, se dilate et fait éclater le mortier de l’intérieur. C’est le phénomène de cryoclastie, bien connu des géologues, qui s’applique aussi à votre terrasse.
Pour aménager son extérieur de façon durable, le choix des matériaux de liaison est aussi important que celui du carrelage lui-même.
Les trois types de joints pour carrelage extérieur : lequel choisir ?

Il existe trois grandes familles de produits de jointoiement adaptés à l’extérieur. Chacune répond à des contraintes spécifiques.
Le mortier joint à base de ciment
C’est le produit le plus utilisé, disponible partout, décliné en une large palette de coloris. Il existe en deux classes selon la norme EN 13888 :
- CG1 : usage standard, résistance mécanique basique, non recommandé en extérieur exposé.
- CG2 : haute performance, avec additifs hydrofuges, résistance à l’abrasion renforcée. C’est le minimum pour une terrasse.
- CG2W : variante à absorption d’eau réduite, idéale en zone humide ou de gel modéré.
Son point faible : la porosité résiduelle. Même hydrofugé en usine, un mortier ciment peut nécessiter un traitement complémentaire après la pose pour garantir une imperméabilisation optimale.
Le joint époxy (résine époxy)
Composé de deux éléments (résine et durcisseur) à mélanger avant application, l’époxy est techniquement supérieur sur presque tous les critères : résistance chimique, imperméabilité quasi totale, anti-taches, résistance aux moisissures et aux efflorescences.
Il s’impose dans les environnements sévères : tours de piscine, terrasses très exposées au gel, plages de douche extérieure. En revanche, sa mise en oeuvre est nettement plus technique, son coût deux à quatre fois supérieur au mortier ciment, et sa correction en cas d’erreur quasi impossible une fois durci.
Le joint souple (silicone ou polyuréthane)
Le joint souple n’est pas destiné à remplacer les deux précédents, mais à les compléter. Il s’utilise spécifiquement :
- En périphérie de terrasse, entre la dalle et le mur.
- Aux points de dilatation des grandes surfaces (tous les 3 à 4 mètres).
- Pour les raccords entre le carrelage et d’autres matériaux (bois, métal).
Le polyuréthane est préférable au silicone en extérieur : il résiste mieux aux UV, ne jaunit pas et s’avère plus durable dans les zones soumises aux mouvements de structure.
J’avais utilisé un mortier joint intérieur sur ma terrasse parce que le vendeur m’avait dit que c’était pareil. Deux hivers plus tard, la moitié des joints étaient pulvérisés et l’eau s’était infiltrée sous les dalles. Le rejointoiement complet m’a coûté plus cher que si j’avais pris le bon produit dès le départ.
Résistance au gel et à l’eau : les critères techniques qui comptent vraiment
La résistance au gel d’un mortier joint se mesure à sa capacité à supporter des cycles répétés de gel et dégel sans se fracturer. En pratique, deux paramètres sont déterminants.
La porosité ouverte : plus un joint est poreux, plus il absorbe l’eau et plus le risque d’éclatement au gel est élevé. Les mortiers CG2W et les époxy ont une porosité très faible, ce qui les rend bien plus résistants.
La flexibilité résiduelle : un joint trop rigide ne peut pas absorber les micro-mouvements de la dalle liés aux variations de température. Sur une grande terrasse sans joint de dilatation, c’est souvent le jointoiement qui se fissure en premier.
| Critère | Mortier ciment CG2 | Époxy | Souple polyuréthane |
|---|---|---|---|
| Résistance au gel | Bonne (avec hydrofuge) | Excellente | Très bonne |
| Imperméabilité | Moyenne à bonne | Excellente | Excellente |
| Facilité de pose | Facile | Difficile | Facile (pistolet) |
| Coût indicatif (kg) | 3 à 8 €/kg | 12 à 25 €/kg | 8 à 15 €/cartouche |
| Largeur de joint idéale | 3 à 20 mm | 1 à 15 mm | Joints de dilatation |
Conseil pratique : si vous habitez dans une région où le thermomètre descend régulièrement sous -5°C (Alpes, Massif Central, Vosges, Ardennes), ne faites pas l’impasse sur un époxy ou un mortier CG2W avec traitement hydrofuge. Le surcoût initial sera largement compensé par l’absence de réparations dans les cinq premières années.
Largeur du joint extérieur : un détail qui change tout
En extérieur, la largeur minimale recommandée est de 3 mm, contre 2 mm en intérieur. Cette règle existe pour deux raisons : absorber les légères irrégularités de planéité des dalles de grande dimension et permettre à la terrasse de respirer thermiquement.
En pratique, voici les repères à suivre :
- Carrelage rectifié (bords droits) : joint de 3 à 5 mm, époxy ou mortier fin.
- Carrelage non rectifié (aspect rustique, irrégularités) : joint de 5 à 10 mm, mortier ciment adapté aux gros joints.
- Dalle de terrasse épaisse (2 cm, pose sur plots) : joint de 8 à 15 mm, mortier fibre ou sable de quartz stabilisé.
- Joints de dilatation périphériques : 8 à 10 mm minimum, à remplir impérativement avec du polyuréthane souple.
Un joint trop étroit sur de grandes dalles est une bombe à retardement : sans espace pour se dilater, les carreaux se soulèvent ou se fissurent, peu importe la qualité du mortier.
Pour aller plus loin sur la sélection des matériaux selon le format des carreaux, vous pouvez consulter notre guide sur le choix du carrelage et de ses accessoires de pose, dont plusieurs principes s’appliquent aussi à l’extérieur.
Comment poser un joint de carrelage extérieur : la méthode pas à pas
La pose du jointoiement est souvent bâclée parce qu’elle intervient en fin de chantier, quand la fatigue se fait sentir. C’est pourtant là que se jouent 80 % des problèmes futurs.
Étape 1 : préparer le support. Attendez au minimum 24 à 48 heures après la pose du carrelage avant de jointoyer. Le mortier de scellement doit être sec. Nettoyez les espaces entre les carreaux à l’aide d’un aspirateur ou d’une brosse métallique fine pour éliminer tout résidu de colle.
Étape 2 : préparer le mortier. Respectez scrupuleusement le ratio eau/poudre indiqué par le fabricant. Un mortier trop liquide perd sa résistance mécanique, un mortier trop épais est difficile à appliquer sans créer des bulles d’air dans les joints.
Étape 3 : humidifier légèrement les joints. Passez une éponge légèrement humide sur le carrelage juste avant d’appliquer le mortier. Cela ralentit l’absorption et améliore l’adhérence.
Étape 4 : appliquer à la taloche. Étalez le mortier en diagonale par rapport aux joints avec une taloche en caoutchouc, en travaillant par sections de 1 à 2 m². Forcer le produit dans les interstices en effectuant des passages croisés.
Étape 5 : nettoyer avant séchage complet. C’est l’étape la plus délicate avec l’époxy. Avec un mortier ciment, vous disposez de 20 à 30 minutes pour essuyer les excès à l’éponge humide essorée. Rincez l’éponge souvent pour ne pas étaler le voile de ciment sur toute la surface.
Pour créer une terrasse à la fois belle et fonctionnelle, la qualité du jointoiement est indissociable du choix du carrelage et du mobilier extérieur.
Si vous souhaitez un guide visuel complet sur la technique d’application, cette démonstration vidéo de pose de joints extérieurs illustre bien les gestes à adopter à la taloche.
Conseil pratique : ne posez jamais vos joints extérieurs sous la pluie, par températures inférieures à 5°C ou supérieures à 30°C en plein soleil. La chaleur accélère le séchage de façon incontrôlée et fragilise la cohésion du mortier. En cas de forte chaleur, travaillez tôt le matin et ombragez la zone avec un bâche si nécessaire pendant les 24 premières heures.
Entretien des joints de carrelage en extérieur : ce qu’on oublie toujours

Un joint ciment bien posé mais jamais entretenu ne durera pas plus de cinq ans dans des conditions difficiles. Un joint correctement entretenu peut tenir quinze ans et plus.
Le nettoyage annuel : utilisez un nettoyant légèrement acide dilué (type cristaux de soude ou nettoyant carrelage extérieur) pour dissoudre les efflorescences calcaires et les dépôts de mousses. Rincez abondamment. Évitez le nettoyeur haute pression directement sur les joints : la pression arrache progressivement le mortier.
Le traitement hydrofuge : appliquez un hydrofuge pénétrant spécial carrelage extérieur tous les deux à trois ans. Ce produit colmate les pores du mortier et empêche l’eau de s’infiltrer. Il s’applique à sec, au pinceau ou au rouleau, sur les joints et les dalles à la fois.
La surveillance visuelle saisonnière : après chaque hiver, inspectez les joints à la recherche de fissures ou de zones poudreuses. Un joint qui se pulvérise au toucher doit être repiqué et rejointoyé immédiatement pour éviter que l’eau ne s’infiltre sous la dalle.
On m’avait dit que l’époxy ne nécessitait aucun entretien, et c’est presque vrai. Sur ma terrasse de 40 m² posée il y a sept ans, je n’ai fait qu’un nettoyage annuel avec un nettoyant neutre. Les joints sont toujours parfaits, aucune moisissure, aucune fissure. L’investissement initial en valait vraiment la peine.
Les erreurs fréquentes qui ruinent un jointoiement extérieur
Au-delà du mauvais choix de produit, plusieurs erreurs de mise en oeuvre reviennent systématiquement sur les chantiers de terrasse.
- Oublier les joints de dilatation périphériques : une terrasse carrelée sans joint souple contre le mur ou en bordure travaillera et soulevera inévitablement les rangées de carreaux adjacentes.
- Jointoyer trop tôt : si le mortier de scellement n’est pas sec, le joint ne tiendra pas. Respectez le délai de prise indiqué, généralement 24 à 48 heures.
- Mal doser l’eau de gâchage : un mortier trop liquide crée des retraits et des fissures en séchant, surtout en extérieur où l’évaporation est plus rapide.
- Utiliser un joint coloré sur pierre naturelle sans test préalable : les pierres poreuses (calcaire, grès non vitrifié) absorbent les pigments du mortier et peuvent se tacher de façon permanente.
- Ne pas protéger le chantier pendant la prise : pluie, gel nocturne ou soleil intense dans les 24 heures suivant la pose peuvent compromettre la résistance finale du joint.
Un joint de carrelage extérieur bien exécuté, c’est avant tout une question de préparation et de patience. Les raccourcis pris à cette étape se paient toujours plus cher au moment des réparations.
Le choix du bon type de jointoiement fait partie d’une réflexion globale sur la durabilité de votre espace extérieur. Vous retrouverez d’autres conseils concrets dans notre guide pour aménager une terrasse et un jardin conviviaux sur le long terme.
🧠 Quiz — testez vos connaissances
Cliquez sur une réponse pour chaque question, puis validez.
1. Quel type de joint est le plus recommandé pour une terrasse en zone de gel intense ?
2. Quelle largeur minimale de joint est recommandée pour un carrelage extérieur ?
3. À quel outil applique-t-on principalement le mortier de jointoiement sur une terrasse ?
FAQ
Quelle est la différence entre un joint intérieur et un joint carrelage extérieur ?
Un joint intérieur est formulé pour des conditions stables : température constante, humidité maîtrisée. Un joint extérieur doit en plus résister aux cycles gel-dégel, aux UV, aux variations de température importantes et aux mousses. Il contient des adjuvants hydrofuges et des fibres renforçantes absents des versions intérieures. Utiliser un joint intérieur en extérieur revient à poser une fondation fragile : le résultat tient quelques mois, puis se dégrade rapidement.
Peut-on poser un joint époxy soi-même sur une terrasse ?
Oui, mais c’est un chantier qui exige de la préparation. L’époxy durcit vite (20 à 30 minutes selon la température) et ne se corrige pas après séchage. Il faut travailler par petites sections, ne pas dépasser 2 m² à la fois, et nettoyer les excès immédiatement avec un dissolvant spécifique. La pose est faisable pour un bricoleur organisé, mais elle demande plus de rigueur que le mortier ciment. En cas de doute, commencez par une zone peu visible pour vous exercer.
Quelle largeur de joint choisir pour une terrasse en carrelage 60×60 cm ?
Pour un carrelage de 60×60 cm en extérieur, une largeur de 5 à 8 mm est recommandée. Cette largeur absorbe les légères irrégularités de pose et permet à la dalle de se dilater sans contrainte. En dessous de 5 mm sur ce format, le risque de soulèvement est réel en zone de gel. Le joint de dilatation périphérique, lui, doit être d’au moins 8 à 10 mm et rempli de polyuréthane souple.
Comment enlever un voile de ciment sur un carrelage extérieur après jointoiement ?
Attendez 24 heures après la pose, puis appliquez un nettoyant acide dilué (type acide chlorhydrique à 5 %, ou un nettoyant décarbonatant du commerce). Laissez agir 5 à 10 minutes, puis brossez et rincez abondamment à l’eau claire. Ne laissez jamais un produit acide en contact avec des carreaux calcaires ou des joints récents : attendez toujours au moins 28 jours avant tout traitement acide sur un joint ciment pour qu’il ait atteint sa pleine résistance.
À quelle fréquence faut-il refaire les joints d’une terrasse carrelée ?
Avec un mortier ciment CG2 bien posé et hydrofugé, les joints d’une terrasse durent en moyenne 8 à 15 ans selon l’exposition au gel et à l’humidité. Un joint époxy bien posé peut durer 20 ans et plus. Le signal d’alerte, c’est un joint qui poudroie ou se fissure au toucher : à ce stade, il faut reparer rapidement avant que l’eau ne s’infiltre sous la dalle et ne décolle le carrelage. Un entretien préventif (hydrofuge tous les 2-3 ans) repousse sensiblement ces échéances.





